Faculté & Recherche -La minute géopolitique : « Thomas Cook, les raisons d’une faillite »

La minute géopolitique : « Thomas Cook, les raisons d’une faillite »

Découvrez la chronique hebdomadaire de Thomas Flichy de La Neuville, titulaire de la nouvelle Chaire de géopolitique de Rennes School of Business.

« La faillite de Thomas Cook peut s’expliquer par deux raisons majeures. En premier lieu, la clientèle de cette ancienne agence de voyage était constituée en majeure partie par des classes moyennes. Or ce groupe de consommateurs est aujourd’hui en plein déclassement, un phénomène chronique en période de crise. Pourtant, jusqu’aux années 2000, la France était un pays parmi les plus égalitaires, juste derrière la Suède. Mais depuis, les classes dites supérieures (les 1%, mais plus encore les 0,1 %) ont réussi à se détacher de la masse. Christophe Guilluy[1], géographe français, note : « Les catégories moyennes sont aujourd’hui contraintes d’habiter parfois très loin du centre, jusqu’à atteindre l’espace rural. Ce mouvement traduit une rupture fondamentale par rapport à la dynamique sociale et urbaine des deux derniers siècles ». Dans l’ensemble du continent européen, les classes moyennes ont ainsi changé leurs habitudes et leurs modes de vie, et les voyages les tentent moins qu’avant.

Dr Thomas FLICHY de La NEUVILLE, Rennes School of Business

La deuxième raison qui explique cette faillite est l’obsolescence de son business model. A l’heure de la récolte massive de données individuelles aux fins de miniaturisation de l’offre touristique, cette organisation de masse a été dépassée par des start-up plus agiles et plus créatives, s’adaptant constamment aux désirs liquides des consommateurs.

 

Avec la faillite du géant Thomas Cook, les États d’appartenance des touristes sont soudainement confrontés à un défi inédit, celui du rapatriement massif de nationaux chez eux. Cette prérogative du Ministère des Affaires Étrangères, s’appuyant si besoin sur les moyens logistiques de l’armée, peut être facilement mise en œuvre pour des petits groupes mais en aucun cas pour des milliers d’individus. L’on sait qu’un rapatriement massif – comme celui opéré par la Chine en Libye au début de l’intervention militaire de 2011 – nécessite une parfaite coordination ainsi que des moyens navals. Or ces derniers sont aujourd’hui sollicités pour d’autres tâches, notamment le rapatriement de migrants. La rapidité du rapatriement dépendra par conséquent des moyens financiers des touristes et il est à craindre que les moins aisés rentrent les derniers. »

Thomas Flichy de La Neuville

 

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[1]Christophe Guilluy, « La nouvelle géographie sociale à l’assaut de la carte électorale », CEVIPOF, 2007

(Crédit photo de Une : Shutterstock/Sean K)